Le Corps Utopique

Laurent Pernice, Dominique Beven et Jacques Barbéri
En coproduction avec l'AMI, l'Émouvant Immobile, et soutenu par la fondation Stin 'Akri.

Et si le corps utopique, celui dont parlait le philosophe Michel Foucault lors d’une conférence radiophonique en 1966, était un son. Un son inouï, ténébreux et solaire, quelque chose d’indéfinissable, puissant et magique. Ce corps physique, lourd, pesant, dont on ne sait parfois que faire, deviendrait alors une émanation du monde des esprits, une réminiscence de nos liens à la nature, une nature rêvée, charnelle, chatoyante et chamanique.

Laurent Pernice, Dominique Beven et Jacques Barbéri ont mis au point la formule magique... Un bon nombre d’instruments incroyables, venus de pays lointains ou d’époques depuis longtemps révolues, comme le rhadong tibétain ou le khen laotien ou encore le hulusi chinois font partie de la recette. Le tout est mixé, déformé, décortiqué, mis en boucle en direct par le laptop de Laurent Pernice pour atteindre une musique tout autant physique que planétaire. Ce que la plupart des gens ne savent pas, c’est que jouer d’un instrument est une épreuve avant tout corporelle. Cela fait mal : au fil du temps, les doigts se garnissent de corne, les lèvres se durcissent et les muscles se tendent pour sortir le son d’un tuyau trop vaste, d’une lamelle de bois trop fine qui menace de craquer... et aussi pour résister à la douleur. Cette relation physique avec l’instrument, Dominique Beven et Jacques Barbéri la connaissent bien. Et c’est ce dont ils se servent pour donner une matière profondément humaine aux machines de Laurent Pernice. Ce qu’il en ressort ? Quelque chose d’à la fois calme et tendu, frêle et puissant, un univers mystérieux, fort loin de ce qu’on a l’habitude d’entendre.

Laurent Pernice et Dominique Beven se connaissent bien... Ils ont joué ensemble sur de nombreux projets différents et tournés dans le monde entier avec la compagnie Artonik (Australie, Chili, Cambodge, Angleterre, Espagne, Pologne...). S’ils ont moins tourné ensemble, Laurent Pernice et Jacques Barbéri se connaissent peut-être encore mieux puisqu’ils ont sortis deux albums, (Drosophiles et Doryphores, sur le label slovène RX:TX en 2003, et L’Apocalypse des oiseaux, chez Le Cluricaun, en France, 2015). Sans parler de leur participation au groupe Palo Alto, avec lequel ils composent depuis 20 ans une œuvre très singulière (en partenariat depuis quelques temps avec l’écrivain Alain Damasio, dernier album en date : Difference and Repetition, chez Sub Rosa, Belgique, 2021).

JACQUES BARBERI

“(...) Non, chez lui il y a bien quelque chose qui ne passe pas. Sans doute cette révolte joyeuse et sourde qui prend toute sa dimension dans un imaginaire exubérant qui repousse loin les limites de la science fiction. De l’audace, de l’ampleur et de la joie de vivre dans un monde bizarre aux relents de pourriture crasse, voilà ce qui le mobilise, voilà l’univers biscornu qu’il nous dépeint à la pointe de son sax extrême ou de son stylo sans vergogne.” (Max Hoax)

Instrumentarium LCU : saxophone, trombone, rhadongs, cor, clarinette alto, voix
– Collectif Palo Alto (Denis Frajerman, Philippe Perreaudin, Philippe Masson et plus récemment Laurent Pernice) né en 1989 de la rencontre fortuite sur une table d’opération entre une machine à coudre et un parapluie ; œuvre depuis plus de vingt ans pour un psychédélisme cosmique entre krautrock contructiviste et trip easy industriel. Pas moins d’une dizaine d’albums, ainsi que quelques concerts, notamment avec l’écrivain Alain Damasio...
– Duo Pernice/Barbéri : mélange d’électronique et d’improvisation sax / contrebasse / trombone / claviers. De l’électro-jazz au cyber-junk... en d’autres termes : la croisière s’amuse avant l’Apocalypse.
– Performances audiovisuelles avec le soutien pixellisé de Gilles Bénéjam et Jérôme Lefdup en hommage à quelques joyeux drilles des arts et des lettres : Lewis Carroll, J. G. Ballard, Paolo Uccello et Jérémy Cornélicus, plus deux ou trois notes pour Louise-Michel.

DOMINIQUE BEVEN

Natif de Lorient, il s’engouffre dans les musiques celtiques dès 1975 et tourne en Europe au sein de divers groupes (fest-noz) et bagadou (bagad de Lann-
Bihoué et de Lorient). En 1982, sa curiosité insatiable l’entraîne vers la fusion, expérimentant le mélange des instruments traditionnels et électriques avec son frère Pascal Beven. À partir de 1987, il se produit dans les cabarets du Grand-Ouest avec Pascal Rault (chanson française). Puis son arrivée à Marseille en 1992 où nombre de communautés se côtoient permet à ce “touche-à-tout” autodidacte de multiplier les rencontres et d'appréhender ainsi des formes musicales différentes. “Impoly-
instrumentiste”, comme il aime à le dire, il joue aujourd’hui... de presque tout : des instruments à vent et des percussions à mains et à baguettes (bodhran, bendir...).
Instrumentarium LCU : khen, hulusi, clarinette alto, cromorne, bawu, tin whistles, flûte harmonique, flûte basse, doudouk basse...

LAURENT PERNICE

C’est lui le véritable instigateur du projet. Après avoir composé la musique d’une chorégraphie parlée de la compagnie Anima Motrix (sur Le Corps Utopique de Michel
Foucault), il s’est dit qu’il fallait jouer cette musique sans forcément le spectacle pour lequel elle avait été créée. Enregistré avec l’aide de Dominique Beven en multiples re-recordings, ce répertoire, exclusivement basé sur des instruments à vent, pouvait vivre sa vie indépendamment si on recourait sur scène à un second souffleur... Et c’est ainsi que Jacques Barbéri les a rejoints. Depuis 1988, date de la sortie de Détails, son premier album, Laurent Pernice construit peu à peu une œuvre foisonnante, insolite et à l’écart des sentiers battus. Multi-instrumentiste lui aussi (basse, contrebasse, claviers, erhu, percussions), il a réalisé aujourd’hui près d’une vingtaine d’albums en France, en Allemagne, en Belgique, en Russie, en Slovénie, en Suède, au Brésil, sans compter les collaborations et les compilations (Japon, Australie...). En parallèle à son œuvre personnelle, il travaille avec les compagnies d’Art de la Rue Artonik (avec laquelle il se produit dans le monde entier) et la compagnie Pixel 13. Enfin il développe avec le groupe expérimental Palo Alto et l’écrivain Alain Damasio un répertoire inédit où se mêlent musique, science-fiction et réflexion philosophique.

Souvenirs en images de l'événement du 1er septembre à la Friche la Belle de Mai

(c) Raoul Tranchot

À découvrir le même jour

Lucien Gaudion

Performances sonores

Manoir Molle

Un carnaval terreux bercé de chants lumineux.
Logo AMI
Depuis 1985, l’AMI (Aide aux Musiques Innovatrices) porte un projet artistique au service des habitant⸱e⸱s, des artistes et des entrepreneur⸱euse⸱s culturel⸱le⸱s du territoire.

Son action de transmission, de repérage et d’accompagnement des entreprises culturelles et des artistes indépendants est un outil essentiel pour garantir la pertinence de ce territoire en termes de création artistique, et ce, à l’échelle locale, nationale et internationale.

L’AMI porte en elle une véritable culture de co-construction favorisant les transversalités à tous les niveaux. Forte de son histoire, l’AMI défend une ligne artistique portée sur les musiques innovatrices, les hybridations esthétiques sans classification de genre et les approches pluridisciplinaires, afin de rester un acteur majeur de la défense de la diversité artistique et culturelle.
VOIR LE SITE DE L’ASSOCIATION

Partenaires